Un proche de Soro livre des secrets sur la mort d’IB: « Le chef de l’Etat a donné ordre d’utiliser la force »

« La vérité sur la mort d’IB ». C’est ainsi que Mamadou Traoré, cadre pro-Soro et ancien membre de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (Fn), a titré ses révélations sur la mort d’IB intervenue le 27 avril 2011. Nous vous proposons l’intégralité de ses secrets livrés, mercredi 13 mars 2019, sur les réseaux sociaux.

Je voudrais, une fois pour toute, mettre fin à un débat. Il s’agit de celui des circonstances et des auteurs de la mort d’Ibrahim Coulibaly dit IB. En effet, dans leur tentative de noircir l’image de Guillaume Soro, leur nouvel opposant, de l’isoler du Nord et de le mettre en conflit avec ses alliés les Koyaka, certains militants du Rdr-Rhdp se croient obligés de réveiller de tristes souvenirs comme celui de la mort d’IB, survenue suite à un affrontement qui l’a opposé avec les Frci. Ces Frci qui étaient administrés par Guillaume Soro, alors ministre de la défense. Ces Frci qui étaient, et qui sont toujours sous le commandement suprême du chef de l’Etat. Aujourd’hui, l’appellation Frci a changé.

Je rappelle que cet affrontement entre IB et les Frci a eu lieu suite au refus de ce dernier de déposer les armes, après plusieurs interpellations du chef de l’Etat, Alassane Ouattara. Il y a eu une tentative de discussion avec IB au siège de l’Onuci, afin de recueillir ses conditions pour déposer les armes. À cette discussion, il n’a pas voulu s’y présenter, prétextant un problème de sécurité. Il s’y est fait représenter par ses lieutenants.
Bien évidemment, la discussion n’a pratiquement pas eu lieu. Après cela, IB a tenté, en vain, de rentrer en contact avec le chef de l’Etat pour que ce dernier le reçoive, afin qu’il discute directement avec lui. Sans intermédiaires. Le chef de l’Etat n’a pas accédé à sa demande. C’est après cela qu’il s’est résolu à vouloir prendre le pouvoir par la force, à travers une déclaration qu’il a faite, et qui a été relayée sur les réseaux sociaux.

Déclaration dans laquelle, il se proclamait nouveau chef de l’État, en dissolvant toutes les institutions et en suspendant les activités des partis politiques. Fallait-il laisser cette situation perdurer où IB ne reconnaissait plus l’autorité du nouveau chef de l’État ? Où IB, s’il arrivait à prendre le pouvoir, car c’était une tentative de coup d’État qu’il était en train de faire contre le Prado (Président Alassane Dramane Ouattara, Ndlr), risquerait d’alourdir le nombre de morts déjà occasionnés par la crise postélectorale.

Bref, IB voulait profiter de la situation de belligérance qui opposait le camp du Prado et celui de Gbagbo pour se positionner comme la troisième alternative.
Il fallait donc l’arrêter. Pour mater cette tentative de coup d’État que s’apprêtait à faire IB, le chef de l’Etat, en sa qualité de nouveau président de la République et chef suprême des armées, a donné ordre à ses officiers militaires d’utiliser la force, je dis bien la force, pour déloger IB et ses hommes au cas où il décidait de ne pas se rendre puisque la discussion avec lui était rompue.
Ce qui fut fait. Les vidéos de ces instructions du chef suprême des armées sont là pour l’attester, après que Guillaume Soro, alors Premier ministre et ministre de la défense, a souhaité attendre ces dits instructions pour agir.

Malheureusement, cela s’est soldé par la mort d’IB, le 27 avril 2011, quelques jours après la capture de Laurent Gbagbo. Pour ceux qui ne le savent pas, ce jour-là, moi Traoré, j’ai pleuré. J’ai pleuré à chaudes larmes.
J’ai pleuré la mort d’un frère, d’un ami qui avait de la sympathie pour moi. Un ami que j’ai rencontré à sa résidence de Ouaga, et qui m’a aidé à prendre en charge mes enseignants volontaires à Boundiali, pour un temps, en m’octroyant, par le biais de Regis de la Dirmob, que beaucoup de cadres du Rdr connaissent très bien, la somme de 3 000 000 F.

Je rappelle que j’ai été le seul gestionnaire de l’école, en ex-zone Cno (Centre, nord et ouest, Ndlr), à avoir bénéficié de cette manne financière, puisque, pour ceux qui ne le savent pas, nous n’avions pas de subventions ni de moyens provenant de la Dirmob, structure financière gérée directement par IB. C’est cette Dirmob qui a été remplacée par la Centrale dirigée alors par Moussa Dosso. Je reconnais que les chefs de guerre nous ont apporté à l’époque, sur recommandation de Guillaume Soro, soutiens matériels, logiques et financiers pour certains d’entre nous, pour nous aider à ouvrir les classes et à récupérer les enfants qui voulaient s’engager dans la rébellion. C’est pourquoi, la rébellion ivoirienne n’a pas connu le phénomène d’enfants soldats.

IB était un ami avec qui j’échangeais régulièrement au téléphone et par mail jusqu’à ce que nos routes se séparent pour divergence d’opinion. IB était un ami avec lequel mon père Django a eu l’honneur d’échanger au téléphone par mon biais. Django qui lui a recommandé à l’époque de faire la paix avec Guillaume Soro afin que le combat qu’ils ont engagé ensemble ne soit pas un échec à cause de leurs divergences. Donc, comprenez ma souffrance morale, le jour de la mort d’IB.

Mais malgré nos divergences d’opinions, nos divergences de visions de la conduite de la rébellion, jusqu’à sa mort, IB et moi n’avons pas été ennemis puisque pendant la crise post-électorale, il a tenté de rentrer en contact avec moi, afin que j’utilise mes relations pour lui favoriser une rencontre entre lui et le chef de l’Etat. Je crois qu’il a également essayé d’entrer en contact avec plusieurs lieutenants du chef de l’État, afin que ceux-ci lui facilitent une rencontre avec lui. Là encore, ses différentes tentatives ont échoué.

En ce qui me concerne, pour une question de prudence, je n’ai pas osé tenter cette médiation puisque je connaissais l’environnement hostile vis-à-vis de lui, qui régnait au golf hôtel. Et je tiens à dire que le jour de l’offensive militaire contre IB, je l’ai appelé et l’ai conseillé de se rendre, car vu l’armada militaire qui se dirigeait vers lui, je savais qu’il n’avait aucune chance de s’en sortir. Ce jour-là, il m’a dit ceci : « Je préfère mourir les armes à la main que de me rendre » Et il m’a raccroché au nez tout en colère.

Bref, il faut une fois pour toute, savoir que ce n’est pas Guillaume Soro qui a pris une arme pour abattre IB. Ce n’est pas lui non plus qui a autorisé l’offensive militaire contre IB.
Ce n’est pas lui qui a donné l’ordre de faire le ménage. Il n’a, en tant que ministre de la défense, en tant qu’homme de mission, que faire exécuter un ordre venant du chef suprême des armées.

C’est vrai que ce sont ses hommes qui ont fait le travail, car ils étaient les seuls militaires sur le terrain, qui avaient pour but de rétablir l’ordre et l’autorité de l’État. Si IB ne s’était pas mis en belligérance militaire contre le pouvoir en place, à une période assez difficile, peut-être qu’aujourd’hui il serait en vie.

Guillaume Soro n’a donc pas tué IB comme veulent le faire croire les partisans de ce dernier, et ses nouveaux adversaires politiques. IB est mort comme un militaire, sur le champ de bataille, comme l’a affirmé le Prado face à des journalistes qui lui ont posé des questions sur les circonstances de sa mort.

Il n’a pas été abattu froidement comme veulent le faire croire ses partisans. Que cela se sache une fois pour toute. C’est vrai qu’il y avait une rivalité entre IB et Guillaume Soro.
C’est vrai également qu’il y avait un problème entre IB et le chef de l’État. Sinon, il l’aurait reçu. Mais je suis bien placé pour savoir que IB savait ce qui l’attendait lorsqu’il a décidé de faire un coup d’État contre le nouveau président élu.

Pour résumer, IB n’a pas été tué par Guillaume Soro. Ce n’est pas non plus lui qui a donné l’ordre de le faire. Et Guillaume Soro n’était pas le chef de ce nouveau pouvoir. Je rappelle que Laurent Gbagbo est allé à la Cpi, pas parce que c’est lui qui a tiré sur les gens. Il y est allé tout simplement parce que c’est lui qui était supposé donner les ordres à ses militaires en tant que chef suprême des armées.

Son Premier ministre et son ministre de la défense ne l’y ont pas suivi. Son chef d’état-major également ne l’y a pas suivi. Savez-vous pourquoi? Tout simplement parce qu’ils recevaient des ordres. Ils n’étaient pas les donneurs d’ordres. En 2011, le jour de la mort d’IB, Guillaume Soro était le Premier ministre et le ministre de la défense du chef de l’État et chef suprême des armées. Le Premier ministre reçoit ses ordres du chef de l’État, et le ministre de la défense reçoit ses ordres du chef suprême des armées. Et celui qui exécute les ordres de son chef n’est pas à blâmer. Au contraire. Bref, IB n’a été tué ni par Guillaume Soro ni par le chef de l’État. Il a été tué par ses propres ambitions. Que son âme repose en paix.

 

Traoré Mamadou cadre proche de Guillaume Soro