Présidentielle 2020: Après avoir libéré le tabouret, Soro déroule son plan pour le fauteuil

« Ma vie politique ne fait que commencer. C’est le début, on n’a rien fait encore. Aujourd’hui, je vais rendre le tabouret et je vais aller chercher le fauteuil pour m’asseoir dedans ».

Ces propos de l’ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro, tenus quelques heures avant sa démission de la présidence de cette institution, ne laissent aucun doute sur son ambition de briguer la magistrature suprême. Le député de Ferké a même commencé à dérouler son plan d’actions pour la course au pouvoir en 2020. Selon des sources bien informées, il a déjà constitué une équipe d’intellectuels de renom, reconnus pour leur rigueur, chargés de travailler sur le projet de société que l’équipe Soro va ‘’ vendre ‘’ aux Ivoiriens au moment opportun. « Il a donné des consignes fermes afin qu’il soit élaboré un projet simple, applicable, qui colle à la réalité, aux aspirations des Ivoiriens et qui ne donne pas dans la démagogie », nous a confié un proche collaborateur de Soro au cours d’un entretien.

Le samedi 16 février prochain, le Rassemblement pour la Côte d’Ivoire (Raci), mouvement dont Guillaume Soro est le président d’honneur, va être transformé en parti politique. Il s’agit de l’exécution d’une décision prise lors d’un conclave tenu le samedi 26 janvier 2019 à Cocody Riviera Golf. La date du 16 février avait alors été arrêtée pour l’Assemblé générale constitutive de ce parti politique, dont le premier congrès ordinaire devrait se tenir en avril 2019. Un plan d’actions qui épouse parfaitement l’ambition nationale du président d’honneur du Raci. Au cours du conclave de fin janvier, la députée vice-présidente de l’Assemblée nationale, Trazéré Célestine Olibé qui y représentait le président d’honneur, levait d’ailleurs tout soupçon sur la candidature de Soro à l’élection présidentielle. « Jusqu’à hier (vendredi 25 janvier 2019 ndlr), il me disait : ‘’ Trazéré, fais moi confiance, je serai candidat ‘’. Et je lui ai dit s’il n’est pas candidat, nous-mêmes, nous allons l’obliger à l’être », révélait la députée d’Issia commune. Dans la foulée, la constitution d’un groupe parlementaire du Raci, avec à sa tête Mme Trazéré Célestine, est évoquée. Ces pro-Soro y travaillent et devraient l’annoncer bientôt.

La diaspora s’active. Au niveau international, les choses bougent également pour Guillaume Soro. Ses réseaux sont en branle pour réunir les conditions nécessaires à leur lutte, notamment le financement de la campagne électorale. « Depuis qu’il a quitté l’Assemblée nationale, il ne fait que recevoir du soutien, pas seulement en nature, mais il y a une forte solidarité de la diaspora pour l’aider à financer sa campagne », informe une autre source bien introduite. Elle ajoute que les pro-Soro sont convaincus que le pouvoir d’Abidjan n’entend pas faciliter la tâche à « cet adversaire redoutable ». « Il est clair que des mesures seront prises à son encontre pour le verrouiller. Mais lui, il a des soutiens solides ailleurs qui ne sont pas prêts à le lâcher. Ceux-ci sont déjà à l’œuvre », ajoute notre source, sans donner de détails. Toutefois, elle note que certains partisans reconnus de Guillaume Soro font l’objet de pressions constantes. « Des opérateurs économiques qu’il fait venir en Côte d’Ivoire connaissent de réelles difficultés, s’ils ne sont pas simplement éconduits. Sans compter l’assèchement financier de certains entrepreneurs proches de lui », révèle notre interlocuteur. Autant de pression qui devrait doucher l’ardeur du chef de l’ex-rébellion. Ce n’est cependant pas le cas. Il semble bien droit dans ses bottes, les yeux rivés sur ce fauteuil présidentiel dans lequel il veut s’asseoir.

 

Hamadou ZIAO