Nouveau gouvernement/ La consigne de Ouattara à Gon Coulibaly

Cette instruction du chef de l’État n’est pas, tout à fait, surprenante. Alassane Ouattara avait annoncé, le 5 mai 2018, au 4e congrès extraordinaire du Rassemblement des républicains (Rdr), un gouvernement Rhdp « dans les prochaines semaines ». La condition pour participer à cette équipe censée conduire le pays jusqu’à la présidentielle de 2020 était l’acceptation du parti unifié Rhdp. « Nous attendons la validation de l’accord politique et du statut pour former un gouvernement de rassemblement, un gouvernement du Rhdp qui comprendra tous les partis membres du Rhdp, comme cela a été le cas par le passé. Je considère que cela est important pour la stabilité de notre pays. Nous devons faire en sorte que ce gouvernement de rassemblement soit celui qui nous amènera aux élections de 2020 », a déclaré Alassane Ouattara au congrès de son parti

De nouveaux entrants. L’ossature du gouvernement Gon III est globalement connue. La nouvelle équipe comportera des cadres issus des partis de la coalition houphouétiste qui ont validé les textes du parti unifié. Ce sont des personnalités issues du Rdr, de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (Udpci), du Mouvement des forces d’avenir (Mfa) et du Parti ivoirien des travailleurs (Pit). Les noms d’Albert Mabri Toikeusse, Siaka Ouattara et Joseph Séka Séka sont avancés. Ils sont les premiers responsables des partis sus-mentionnés- en dehors du Rdr- et se voient, pour certains, déjà ministres.

Sans le Pdci ? Le cas du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) est un peu complexe. Ce poids lourd de la coalition houphouétiste a décidé, lors de son bureau politique du 17 juin 2018, de ne valider les textes du parti unifié qu’après la présidentielle de 2020. Une sorte de refus poli au « Rhdp » en tant que parti. Si on considère la posture actuelle du Pdci, les cadres issus de cette formation politique ne devraient pas être dans les plans d’Alassane Ouattara. Sauf que, depuis ce mardi 3 juillet 2018, des militants du vieux parti ont lancé un mouvement « à l’intérieur du Pdci-Rda favorable au Rhdp» et baptisé « Sur les traces d’Houphouët-Boigny ». A la présentation du mouvement, dans une salle aménagée de l’Ivoire Golf Club à Cocody- Riviera, les ministres Pdci, membres du gouvernement Gon 2, étaient présents, en grand nombre : Alain Richard Donwahi, Pascal Kouakou Abinan, Raymonde Goudou Coffie, Claude Isac De, François Amichia… Tous étaient présents, à l’exception de deux : Thierry Tanoh et Jean-Claude Kouassi.

Selon son porte-parole, le ministre Adjoumani Kouassi Kobenan, « Sur les traces d’Houphouêt-Boigny » investira le terrain afin d’expliquer les enjeux du Rhdp « pour la stabilité, la paix et le développement harmonieux de la Côte d’Ivoire ». Adjoumani Kobenan et ses compagnons comptent promouvoir le parti unifié comme un instrument politique pour la conservation du pouvoir d’Etat par les héritiers politiques de Félix Houphouêt-Boigny.

Il y avait, dans la démarche de ces pro-parti unifié, une claire volonté de se démarquer du reste du Pdci qui ne jure par « l’alternance en 2020 ». Il y avait, aussi et surtout, dans cette entreprise majoritairement portée par des ministres Pdci, un message évident envoyé à Alassane Ouattara, à quelques heures de la formation d’un gouvernement « Rhdp ».

Si le fait, pour Adjoumani Kouassi Kobenan et ses compagnons, de s’assumer comme « pro-parti unifié » n’est pas une garantie absolue de leur nomination dans la prochaine équipe gouvernementale, la probabilité est forte qu’Alassane Ouattara coopte plusieurs d’entre eux. Ils seront alors considérés, non pas comme des ministres Pdci, mais des personnalités « Rhdp », c’est-à-dire favorables au parti unifié.

 

Auteur: Linfodrome