Insécurité : Un enfant microbe livre de graves secrets sur les relations entre dealers et policiers

Le phénomène des enfants en conflits avec la loi, communément appelés Microbes, a fait de nombreuses victimes au sein de la population Abidjanaise. Si celui-ci a considérablement diminué, les populations restent toujours sur leurs gardes. L’un des leurs aujourd’hui intégré au centre de resocialisation où il apprend la mécanique s’est confié à nos confrères du quotidien Fraternité Matin. Cet ex-microbe a fait de graves révélations sur les relations entre dealers (vendeurs de drogues et autres stupéfiants) et forces de l’ordre.

Qu’est-ce qui t’a amené à choisir le métier de mécanicien au Centre de resocialisation ?

A dix ans, je faisais déjà la mécanique. En 2014, j’ai abandonnée à cause des mauvais traitements du patron. Je me suis mis à me promener jusqu’à ce que je devienne apprenti gbaka. Je dormais dans des camions jusqu’en 2016 quand des amis et moi avions pris un studio à cinq. Chacun payait 5000 francs.

Où sont tes parents ?

Ils sont à Abobo-derrière rails. Mais ma mère n’est plus là. Elle vie en Guinée. Mon père a d’autres femmes.

Qui t’a fait venir au centre de resocialisation ?

C’est mon père. Il travaille au port.

Est-ce une bonne chose ou une mauvaise chose que tu sois venu au Centre ?

C’est une bonne chose parce que je sais écrire maintenant mon nom, alors qu’avant ce n’était pas le cas. J’ai appris avec les gendarmes le respect des grandes personnes et la discipline.

As-tu touché à la drogue ?

Oui.

Quelle drogue prenais-tu ?

Kaes.

Qu’est-ce que c’est ?

Cannabis.

Et quoi d’autre ?

Valium (comprimés bleus), D5 (comprimés jaunes). Tous ces produits sont vendus par les femmes dans la rue. Je connais aussi le Yoppahodose forte. Mais je n’y ai pas touché. c’est la drogue des Djonki.

Les Djonki ?

Oui les Djonki (addicts crasseux). Quand ils prennent ça, ils s’installent définitivement au Ghetto (fumoir). Ce sont des gens violents. Quand ils sont en manque, ils deviennent encore plus violents. Ils portent des vêtements crasseux. Ils ne se lavent pas parce que cela leur permet de garder pendant longtemps la dose prise.

Ton ghetto était où ?

J’habite à Abobo, mais mon ghetto était à Adjamé. Il y en a beaucoup à Adjamé.

Tes camarades et toi n’aviez pas peur des policiers ?

Des policiers ont les numéros de téléphone des Babatchê (les responsables des fumoirs). Ils les appellent pour prendre de l’argent avec eux. C’est quand les Babatchê résistent qu’ils interviennent dans le ghetto.

As-tu déjà tué ?

Non. Mais j’ai piqué au couteau. Je ne savais pas ce que je faisais parce que j’étais sous l’effet de la drogue. J’ai agressé plusieurs fois à Adjamé pour arracher des portables et des bédous (porte-monnaie).

Comment vous procuriez vous les machettes et les couteaux ?

Nous en arrachions avec les vendeurs de viande. Certains d’entre nous arrivaient avec leurs machettes.

As-tu des nouvelles de tes camarades encore dans la rue ?

Oui. J’ai appris qu’à la suite de l’attaque contre le commissariat de police d’Abobo-Belle ville, des vieux-pères (des chefs) ont été arrêtés. Mais la situation a été gérée. Ils ont été libérés après paiement d’une somme d’argent.

Toi qui as eu la chance de passer au centre de resocialisation, que diras-tu à tes camarades ?

Je leur dirai d’arrêter la violence et la drogue. Au centre, la croix bleue nous a appris que la drogue attaque la santé, pourrit le corps de l’homme et le tue. La cigarette salit le sang, fait maigrir les gens qui finissent par mourir.

Que doit-on faire des ghettos ?

Il faut les détruire. Mais il faut que le gouvernement parle aux policiers. Ils doivent arrêter les arrangements. Parce que ce sont les arrangements qui «gamment » (encouragent) les gens à poursuivre. En côte d’Ivoire, la drogue n’est pas légalisée. Mais les gens se comportent comme si c’était légalisé. Tout ça à cause de certains policiers.

Que doit-on faire pour arrêter le phénomène des microbes ?

Il faut continuer la resocialisation. Ce n’est pas la peine de les tuer. Car tout être a droit à la vie. Je l’ai appris ici avec les gendarmes. A ma sortie, je ferai en sorte que mes camarades viennent au centre de resocialisation. Peut-être qu’ils ne m’écouteront pas. C’est pour cela que je souhaite que les responsables de la resocialisation aillent vers les parents et les transporteurs pour récupérer les enfants.

 

 

avec Fraternité Matin