Gbagbo et Blé Goudé détenus malgré leur acquittement, des intellectuels africains et Français dénoncent un déni de justice

La détention de Laurent Gbagbo  et Charles Blé Goudé  malgré leur acquittement par les juges de la Cour Pénale Internationale (CPI) passe mal du côté des africains.

Des intellectuels dans une lettre ouverte dénoncent un véritable déni de justice. « Une violation inacceptable des droits de l’homme depuis leur acquittement le 15 janvier 2019 par la chambre de 1ère instance. Une telle décision signifie aussi que la CPI  fait des deux personnalités des hommes sans droits et dont on restreint la liberté alors qu’ils ne sont pas poursuivis », dénoncent-ils.

Des ivoiriens, Malgache et Français exigent la libération immédiate des deux acquittés, l’application des dispositions du Statut de Rome en la matière (art.81 du Statut de Rome) et le respect absolu des droits de Gbagbo et Blé Goudé.

« La CPIn’a pas le droit de se placer au-dessus de la liberté et de la justice si elle veut être l’instrument universel de lutte contre l’injustice », soutiennent-ils.

Fatou Bensouda a annoncé son intention de faire appel, mais elle attend de recevoir cette décision écrite avant d’enclencher cette requête. Or, la procureure craint qu’entre temps, les deux personnes acquittées ne prennent la fuite.

Estimant que Laurent Gbagbo  et Charles Blé Goudé  pourraient ne plus être disponibles pour répondre à la Cour, les juges de la Chambre d’appel veulent éviter d’avoir à procéder à une nouvelle arrestation si l’éventuelle requête de la procureure est confirmée dans quelques mois.

Une audience est annoncée pour le 1er février afin de statuer sur les arguments de l’accusation et la défense.

La décision sera donnée à temps voulu par les juges de la chambre d’appel comme l’a confié Fadi El Abdallah, porte-parole de la CPI  lundi dernier à KOACI.

Donatien Kautcha, Abidjan

Ci-dessous l’intégralité la lettre ouverte signée par la diaspora des intellectuels  progressistes

Depuis la crise électorale de 2010 et l’arrestation du Président Laurent Gbagbo  en avril 2011, la Côte d’Ivoire reste profondément divisée et traumatisée. Outre les massacres et l’exil massif d’Ivoiriens, la justice y est dévoyée. Le transfèrement de Laurent Gbagbo  (novembre 2011) et Blé Goudé (mars 2014) à la Cour Pénale internationale –CPI  – laissait supposer la mise à l’endroit des procédures judiciaires pour que le droit soit dit par la justice internationale. Il n’en est rien ; car la CPI  nous fait vivre les péripéties d’un droit singulier à La Haye.
Malgré une détention préventive qui s’est exonéré du principe de la présomption d’innocence appliquée à tout prévenu, après une instruction à sens unique, au terme d’une audience de la Chambre de1ere instance qui a duré trois ans et a permis aux magistrats de se rendre compte de la vacuité du dossier du Procureur, la Cour de première instance a décidé, le 15 janvier dernier, de l’acquittement et de la libération immédiate des deux accusés.
Déjà habitué à violer, sans risques, les droits des deux prévenus, le bureau du Procureur a convaincu la Chambre d’appel de maintenir le Président Gbagbo et Blé Goudé  dans les liens de la détention à titre conservatoire. Déjà injuste, quand Laurent Gbagbo  et Blé Goudé  avaient le statut d’accusés, cette décision est un véritable déni de justice, une violation inacceptable des droits de l’homme depuis leur acquittement le 15 janvier 2019 par la chambre de 1ère instance. Une telle décision signifie aussi que la CPI  fait des deux personnalités des hommes sans droits et dont on restreint la liberté alors qu’ils ne sont pas poursuivis.
Citoyens d’Afrique et du Monde, nous exigeons la libération immédiate des deux acquittés, l’application des dispositions du Statut de Rome en la matière (art.81 du Statut de Rome) et le respect absolu des droits de MM. Gbagbo et Blé Goudé. La CPI  n’a pas le droit de se placer au-dessus de la liberté et de la justice si elle veut être l’instrument universel de lutte contre l’injustice.
Fait à Paris le 18 janvier 2019.
Pierre Kipré, professeur, ancien ministre, ancien ambassadeur
Michel Galy, politologue
Philippe Attey, banquier, ancien ministre
Albert Bourgi, professeur, constitutionnaliste
Coulibaly Malick, spécialiste du VIH/SIDA, ancien ministre
Jean-Claude Djéréké, professeur (université de Baltimore)
Richard Kadio, professeur, ancien ministre
Koffi Koffi Lazare, directeur de collection (éditions L’Harmattan), ancien ministre
Pascal Kokora, professeur (Georgetown university), ancien ambassadeur
Raymond Koudou Kessié, professeur, ancien ambassadeur
Paul Bert Rossy Rahasimanana, député de Madagascar
N’Guessan Yao Thomas, professeur, ancien ministre
Félix Tano, professeur, ancien membre du Conseil constitutionnel ivoirien