Expression du PCF pour les Journées de la diaspora Ivoirienne

Expression du PCF pour les Journées de la diaspora Ivoirienne

Paris, le 19 mai 2018
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis et Camarades,

Merci de me donner la parole à votre manifestation. Je me présente : je m’appelle David Allaert membre du collectif Afrique du Parti Communiste Français. J’ai été candidat aux dernières législatives pour le PCF en Seine-et-Marne et exerce des responsabilités de secrétaire de section. Je suis également cheminot et exerce des responsabilités syndicales à cet égard. J’en profite d’ailleurs pour rappeler l’importance de la lutte et du besoin de solidarité des cheminots en France pour la défense du service public et contre la tentative de démanteler le service public ferroviaire et de le privatiser.
Depuis 2002 la Côte d’Ivoire vit les conséquences d’un coup d’État préparé avec des complicités étrangères qui a eu pour résultat des millions de réfugiés et de déplacés et une guerre civile avec des milliers de victimes.
L’actuel chef de l’État, Alassane Ouattara a été mis en place en 2011 par les chars français à l’issue d’une élection dont rien ne permet de dire qu’il l’ait gagné et cela au détriment d’un recomptage des voix ou d’une reprise des élections. Depuis, la Côte d’Ivoire traverse, malgré la fin des hostilités militaires, une période de régression du point de vue des libertés. Elle vit également de graves reculs sociaux et de souveraineté.
Des centaines de prisonniers d’opinion croupissent dans ses geôles dans des conditions, pour beaucoup d’entre eux, qui ne respectent aucun de leurs droits et sans être jugés voire en subissant de la torture. Certains d’ailleurs en sont morts comme mon camarade syndicaliste Mahan Gahé. Ceux qui ont été jugés l’ont été à l’issue de procédures ubuesques comme le dirigeant historique du FPI Assoa Adou. Pour d’autres, comme Simone Gbagbo les juges ont été dans l’incapacité d’étayer les accusations de crimes contre l’Humanité. Ils ont quand même été condamnés à des peines pour « atteinte à la sûreté de l’État » dans la pure tradition des dictatures. D’autres encore comme Samba David, leader des Indignés, ont été condamnés de manière inique à des peines de prison, les ont purgées mais restent emprisonnés ! La situation est tellement grave qu’en Côte d’Ivoire même le corps préfectoral s’est exprimé en faveur d’une libération des prisonniers issue de la crise post-électorale qui représentent une partie des prisonniers d’opinion. Comme le Parti Communiste Français l’a exprimé à de nombreuses reprises, il est plus que temps de libérer tous les prisonniers d’opinion.
A la CPI, dont Mediapart a d’ailleurs révélé qu’elle a été saisie suite à des manœuvres de Sarkozy et d’Ouattara, les procédures durent depuis sept ans contre l’ancien Président Laurent Gbagbo et l’ancien ministre Blé Goudé sans qu’aucun témoin à charge n’étaye en quoi que ce soit les chefs d’inculpation de crime contre l’Humanité à l’égard des accusés.
Permettez-moi juste une précision à ce sujet. Il ne s’agit pas de dire qu’il n’y ait pas eu d’atrocités commises par l’un ou l’autre protagoniste de cette guerre civile. Il n’y a pas de guerre civile qui n’entraîne de crimes. Mais force est de constater comme le font d’ailleurs de plus en plus de voix à l’intérieur de la CPI, dont le juge principal Tarfusser, l’extrême faiblesse par rapport aux chefs d’inculpation de crime contre l’Humanité. Rien ne vient étayer l’accusation. Tout montre l’absence de prétendu « plan politique » orchestré de violences post électorales. Aucun des témoins à charge n’a apporté le moindre élément, à tel point que ce procès est en train de tourner au fiasco judiciaire. Car il est évident que le transfert de Laurent Gbagbo à la CPI a été organisé à des fins politiques, par ceux qui avaient organisé les déstabilisations, militaires, économiques et institutionnelles. Ce qui s’apparente à une instrumentalisation de la CPI est lourd de conséquences, y compris pour l’avenir même de cette Cour de justice. Du point de vue des droits individuels, et de toutes les normes juridiques, dont celle de la Cour de justice de l’Union européenne, il est incompréhensible que la détention préventive dure depuis sept ans sans qu’aucune solution de libération conditionnelle ne soit trouvée. Ces principes sont universels et doivent s’appliquer partout, surtout par une Cour qui se veut le principal défenseur de cette universalité.
Parallèlement, des faits aussi graves que le massacre de Duékoué notamment n’ont jamais connu de traitement judiciaire, ni en Côte d’Ivoire, ni au niveau international. Les auteurs présumés de ces atrocités qui étaient sous l’autorité d’Alassane Ouattara sont non seulement en liberté mais aussi promus dans l’appareil d’État. Sa responsabilité et celle de ses lieutenants est engagée dans ce crime odieux, de loin le plus grave dans cette crise postélectorale et même depuis les massacres intervenus dans la crise du Guébié en 1970.
Plutôt que de continuer la justice des vainqueurs, il faudrait créer les conditions pour que soit mise en place une justice transitionnelle comme cela a été le cas au Ghana, au Nigéria, au Libéria, en Sierra Leone, au Pérou, en Yougoslavie, au Guatemala et en Tunisie par exemple. Cette justice transitionnelle se définit par les divers processus et mécanismes, tant judiciaires que non judiciaires, mis en œuvre par une société pour tenter de faire face à des exactions massives commises dans le passé, en vue d’établir les responsabilités, de rendre la justice et de permettre la réconciliation.
Loin d’emprunter cette voie, Ouattara et ses alliés s’acharnent sur les plus faibles en menant une politique ultra-libérale. Ainsi, la pauvreté progresse, la presse est réprimée, les manifestations interdites et les manifestants arrêtés. Les habitants voient leur habitations détruites dans l’illégalité la plus complète comme à Cocody Danga au bénéfice de la spéculation immobilière et des pontes du régime qui ne veulent pas vivre à côté de pauvres et préfèrent l’entre soit. Même sur les réseaux sociaux le régime étend ses tentacules liberticides en faisant voter une loi pour pouvoir mettre en prison ceux qui s’y rendraient coupables de propos oppositionnels ! Le régime maintient une Commission Electorale Indépendante, qui n’est indépendante que de nom et qui a été condamnée par la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples. Il instaure aussi un Sénat qui sera « entre de bonnes mains » puisqu’un tiers de ses membres sera nommé par le Président de la République !
L’ensemble de cette situation entraîne le maintien à l’étranger de très nombreux réfugiés dont le plus grand nombre est au Ghana et au Liberia dans des conditions de plus en plus déplorables, et l’explosion du nombre de migrants ivoiriens. Leur retour ne pourra se faire que dans le cadre d’une véritable réconciliation, d’un respect des libertés fondamentales et d’une amélioration de la situation sociale.
Loin d’agir en ce sens, Ouattara et ses vieux complices des cercles du pouvoir français s’échinent à perpétuer le vieux système françafricain à grand renfort de marchés de gré à gré, d’utilisation de l’Agence Française de Développement comme moyen d’assurer des marchés aux grandes entreprises françaises et de projets très onéreux comme le tram-train loin des priorités des populations en matière de transports du quotidien et réalisé, comme par hasard, par Bouygues. Il tente également avec la complicité du pouvoir français de sauvegarder le franc CFA et même de l’étendre à d’autres pays en se livrant à des manœuvres dilatoires qui ne visent qu’à relâcher la pression. Nous pensons au contraire comme la Sénatrice communiste française Christine Prunaud, qui a interpellé le ministre de l’économie à ce sujet, qu’il faut remédier à cette situation issue d’une période révolue.
Nous pensons également qu’il faut profondément remanier les systèmes de sécurité dans le monde. Les actuels accords de défense avec les pays africains, dont la Côte d’Ivoire, appliqués à géométrie variable au seul bénéfice de l’ancienne puissance coloniale doivent être dénoncés. Les peuples africains ne doivent pas être les pions de politiques de puissances militaires quelle qu’elles soient. Nous le disons pour la Côte d’Ivoire et les pays sous influence française mais aussi pour d’autres pays africains comme le Ghana qui sous pression de l’incendiaire Trump a ratifié un accord militaire qui donne aux Etats-Unis le droit de déployer des soldats et du matériel militaire à leur guise au grand dam de l’opposition de gauche et de l’ancien président Jerry Rawlings !
Notre vision du monde est à l’opposé de ces visions guerrières qui favorisent dans le contexte de crise du capitalisme financier, le développement de la pauvreté et des régimes ploutocratiques autoritaires et qui ne peuvent qu’amener le développement des conflits et de l’hydre terroriste.
Notre projet est en faveur de l’extension des logiques solidaires comme la mise en place d’assurances santé universels financées de manière pérenne, et j’en profite pour saluer l’ancienne ministre Clotilde Ohouochi qui est dans la salle. Elle est en faveur de mesures qui protègent les agriculteurs locaux, comme celles qui avait été mises en place en 2005 par le ministre FPI Alphonse Douati, qui ont permis de multiplier par quatre la production de poulets ivoiriens et d’échapper aux poulets aux hormones européens et français notamment. Il est à noter que les Accords de Partenariat Economique avec l’Union européenne, qui visent à baisser les normes et accélérer le libre-échange au profit de la loi du plus fort, rendent impossible ce genre de mesure et qu’Alphonse Douati a chèrement payé son engagement puisqu’il est l’un des nombreux prisonniers d’opinion du régime ivoirien.
Ce sont donc des combats communs que nous pouvons mener et c’est sur cette note d’un internationalisme visant à réaliser des intérêts réciproques que je souhaite terminer mon propos. Je vous transmets tous nos encouragements pour vos travaux et vos actions en faveur d’une Côte d’Ivoire qui reprenne le chemin de la souveraineté, du respect des droits humains et des libertés, et qui s’engage à nouveau sur la voie du progrès social, économique et environnemental.

Dominique JOSSE
Collectif Afrique du PCF

Source : Ivorian

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