À un an de 2020, Amnesty international craint les «vieux démons» et dénoncent les atteintes aux droits humains à Abidjan

« Les autorités ivoiriennes doivent mettre fin aux arrestations arbitraires et aux actes de harcèlement ciblant des citoyens en raison de leurs opinions jugées critiques et dissidentes, et libérer immédiatement et sans condition ceux qui ont été placés en détention », telles sont les recommandations d’Amnesty International ce lundi dans une communication intitulée Côte d’Ivoire, la situation en matière de droits humains  demeure fragile, présentée avant l’Examen périodique universel (EPU) sur la Côte d’Ivoire en mai prochain.

Devant la presse ce lundi 11 février, les responsables de l’ONG ont dénoncé le manque de dialogue avec le ministère de la justice depuis 2012

« Depuis 2012, nous sommes interdits de visite au sein des prisons de Côte d’Ivoire. Les locaux du ministère de la justice nous a été fermé également depuis 2012 et nous n’avons pas accès au ministère de la justice », a dénoncé Hervé Delmas Kokou, représentant d’Amnesty en Côte d’Ivoire.

Dans son rapport de 27 pages transmis à KOACI, Amnesty International estime que tandis que l’élection présidentielle de 2020  se profile, les autorités ivoiriennes devraient prendre des mesures immédiates pour veiller à ce que chacun puisse exprimer librement ses opinions sans craindre d’être arrêté.

« Elles (autorités ivoiriennes Ndlr) doivent respecter, protéger, promouvoir et réaliser les droits humains  avant, pendant et après le scrutin. Au moins 17 détentions arbitraires de journalistes et blogueurs ont été recensées au cours des cinq dernières années et le Conseil national de la presse a sanctionné des organes de presse à maintes reprises, leur imposant interruptions de publication et lourdes amendes. Il prend particulièrement pour cibles ceux qui publient des opinions jugées critiques envers les autorités et proches des mouvements d’opposition.
Le 12 février 2017, six journalistes ont été arrêtés et placés en détention à Abidjan pour avoir couvert les mutineries. Privés de la possibilité de consulter un avocat pendant leur garde à vue, ils ont par la suite été inculpés de « publication de fausses informations » et d’« incitation à la mutinerie » de soldats. Ils ont été libérés le 14 février 2017, mais demeurent sous le coup d’une enquête de police.

Outre les journalistes, les opposants politiques et les blogueurs sont aussi la cible d’un harcèlement judiciaire, parce qu’ils expriment leurs opinions. Le 29 janvier 2019, le député Alain Lobognon, inculpé de divulgation de fausses nouvelles et d’incitation à la révolte, a été condamné à un an de prison assorti d’une amende d’environ 460 euros (300 000 Cfa)», dénonce Amnesty international.

Pour François Patuel, chercheur pour l’Afrique de l’Ouest, les autorités doivent mener sans délai une enquête indépendante, impartiale, efficace et transparente sur les allégations d’atteintes aux droits humains, identifier et traduire en justice les responsables présumés de ces violations, notamment de torture et de morts en détention

Jean Chresus